Nouvelles RJO'Brien

Agro-Lettre RJO

02 septembre 2026, RJO'Brien

Aujourd’hui le 2 septembre 

  • Maïs: soutenu par le blé et les besoins européens. Le spread décembre–juillet tient plutôt bien, mais les fonds sont déjà très fortement acheteurs.
  • Soja: conditions de culture en baisse, trituration robuste et perspectives plus favorables pour les biocarburants. Le positionnement spéculatif est toutefois déjà fortement haussier.
  • Blé: les perturbations en mer Noire dominent. Contrairement au maïs et au soja, les fonds demeurent relativement neutres.
  • Dollar canadien: le pétrole peut aider, mais ne fait pas tout. Pour les prix des grains ici, le taux de change demeure une pièce importante du casse-tête.

MAÏS

Le maïs profite de la flambée du blé, des perturbations en mer Noire et d’un mouvement d’achat plus large dans les matières premières. La sécheresse européenne pourrait faire grimper les besoins d’importation de l’UE à plus de 26 millions de tonnes, contre 23,5 millions actuellement prévus par l’USDA. Avec les ports ukrainiens paralysés, une partie de cette demande pourrait se tourner vers les États-Unis et le Brésil. Aux États-Unis, les cultures demeurent à 57 % bonnes à excellentes, contre 69 % l’an dernier. La consommation de maïs pour l’éthanol reste solide, mais les marges de production se sont nettement comprimées. Les spreads de nouvelle récolte tiennent plutôt bien. Le décembre–juillet est passé d’environ −30 ¢ à près de −21 ¢ avant de revenir autour de −23¾ ¢. Il conserve donc une bonne partie de son amélioration. Ce n’est pas un signal de pénurie, mais la structure du marché accompagne tout de même le mouvement haussier. Les fonds détenaient déjà environ 376 500 contrats nets acheteurs au 25 août, un niveau historiquement très élevé. Les estimations d’achats subséquents suggèrent un positionnement encore plus chargé, possiblement record. Cela alimente la hausse, mais augmente aussi le risque de prises de profits : il y a déjà beaucoup de monde du même côté du bateau.

SOJA 

Le soja bénéficie d’une baisse de deux points des conditions de culture, à 58 % bonnes à excellentes, et d’une trituration américaine supérieure aux attentes en juillet, à 221,9 millions de boisseaux. Les achats chinois annoncés apportent également du soutien, même si les stocks d’huile de soja sont ressortis plus élevés que prévu. Le dossier des biocarburants est plus favorable que ne le laissait croire la première lecture des exemptions. L’EPA prévoit proposer la réallocation de l’écart entre les exemptions accordées et celles déjà anticipées, soit environ 770 millions de RINs, vers les obligations de 2026 et 2027. Cela pourrait relever les obligations d’incorporation déjà établies, mais ce n’est pas encore approuvé. Les fonds sont ici aussi très fortement acheteurs, avec environ 198 300 contrats nets au 25 août. Une partie du scénario haussier est donc déjà dans les positions. En parallèle, les conditions semblent favorables au démarrage des semis dans le sud du Brésil, un dossier à surveiller pour la suite.

BLÉ 

La mer Noire demeure le principal moteur de la hausse, avec des prix ayant atteint un sommet de trois ans et demi. Les attaques contre les infrastructures ukrainiennes se poursuivent, les ports en eau profonde seraient pratiquement à l’arrêt et les voies alternatives peinent à compenser. Les exportations ukrainiennes de grains ont chuté de 58 % en août sur un an. Le marché paie surtout le risque de ne pas pouvoir acheminer le grain, pas simplement celui d’en manquer. Les récoltes européennes réduites ajoutent du soutien, mais tout n’est pas haussier : l’Australie a nettement relevé ses prévisions de production et la Russie suspend ses droits à l’exportation jusqu’à la fin de l’année. Contrairement au maïs et au soja, les fonds demeurent relativement neutres en blé Chicago, avec une position légèrement vendeuse d’environ 14 200 contrats au 25 août. Le positionnement est donc beaucoup moins chargé, laissant davantage de place à de nouveaux achats si les tensions persistent. Cela reste néanmoins un marché très sensible aux nouvelles de guerre… et à toute possibilité de reprise des négociations.

DOLLAR CANADIEN

Le pétrole peut soutenir le huard, mais ne suffit pas à lui garantir une hausse. Les écarts de taux d’intérêt et la direction générale du dollar américain comptent aussi. Une remontée du brut ne se traduit donc pas automatiquement par un dollar canadien plus fort. Banque du Canada. Pour les producteurs et les acheteurs de grains, l’effet est bien concret : un huard plus faible soutient, toutes choses égales par ailleurs, la valeur des grains en dollars canadiens, mais alourdit aussi la facture des achats libellés en dollars américains. À l’inverse, un huard plus fort peut gruger une partie des gains obtenus à Chicago.

Simon Briere | Stratège Principal

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