14 août –J’analyse les résultats de Maple Leaf Foods et de Canada Packers principalement comme des indicateurs des cycles du marché des protéines, des marges de transformation, de l’inflation alimentaire et du comportement des consommateurs. Il s’agit d’une analyse macroéconomique générale axée sur les marchés des matières premières. Ce texte ne constitue ni une recommandation concernant les actions de ces entreprises ni un conseil en placement.
Les cinq principaux constats de Simon :
- La volaille surpasse clairement le porc.
- La demande de poulet demeure forte, soutenue par des volumes plus élevés dans le commerce de détail et la restauration.
- Les volumes de transformation porcine tiennent le coup, mais la valeur générée par chaque porc diminue.
- La faiblesse de la valeur de la carcasse et des revenus d’exportation exerce une pression sur les marges des transformateurs.
- Le secteur porcin a besoin d’une remontée de la valeur de la viande, et non simplement d’une augmentation de la production.
Les plus récents résultats de Maple Leaf Foods et de Canada Packers offrent une comparaison intéressante entre le porc et la volaille. Depuis la séparation des deux entreprises, Maple Leaf Foods regroupe principalement les aliments préparés et la volaille, tandis que Canada Packers représente les activités de production porcine et de transformation du porc. Il faut donc lire les deux rapports ensemble pour obtenir un portrait complet.
Du côté de la volaille, la demande demeure forte. Les ventes de Maple Leaf dans cette catégorie ont augmenté de 7,1 %, soutenues par des volumes plus élevés, un meilleur mix de canaux de distribution et certains ajustements de prix. La croissance a été observée tant dans le commerce de détail que dans la restauration. Maple Leaf ne publie pas séparément la rentabilité de sa division volaille, mais celle-ci a clairement contribué à l’amélioration des résultats consolidés. Le BAIIA ajusté a progressé de 4,8 %, à 137 millions $, tandis que la marge correspondante est passée de 13,0 % à 13,4 %.
Le portrait est nettement moins favorable du côté du porc. Canada Packers a transformé environ 1,05 million de porcs durant le trimestre, une légère hausse de 0,5 %. Malgré ce volume supérieur, les ventes ont diminué de 8,8 %, à 431,7 millions $, tandis que le BAIIA ajusté a chuté d’environ 32 %, à 34,9 millions $. La marge de BAIIA ajustée a ainsi reculé de 10,9 % à 8,1 %.
Autrement dit, Canada Packers a transformé légèrement plus de porcs, mais a généré considérablement moins de revenus et de profits avec ces volumes. Le problème n’est donc pas nécessairement le nombre de porcs disponibles, mais plutôt la valeur générée par chaque animal transformé. L’entreprise souligne notamment que la valeur de la carcasse de porc ne s’est pas améliorée conformément à sa tendance saisonnière habituelle.

La faiblesse du yen japonais a également réduit la valeur des exportations. À cela se sont ajoutés les changements découlant de la séparation avec Maple Leaf et les coûts supplémentaires associés au fonctionnement d’une société ouverte autonome.

Le contraste entre les deux protéines est frappant. Dans le porc, les volumes ont légèrement augmenté, mais les ventes et les marges ont fortement reculé. Dans la volaille, la hausse des volumes s’est plutôt accompagnée d’une croissance des ventes et d’une contribution positive aux résultats globaux.
Ces résultats nous renseignent également sur le comportement des consommateurs. Alors que le coût de l’épicerie demeure élevé, la volaille conserve un avantage puisqu’elle représente généralement une protéine plus abordable et polyvalente. Les consommateurs n’achètent pas nécessairement moins de protéines dans l’ensemble, mais ils semblent de plus en plus sensibles aux prix et sélectifs dans leurs choix.

Pour le marché porcin, le message demeure préoccupant. Si les transformateurs traitent davantage de porcs tout en générant moins de revenus et de profits, leur capacité ou leur volonté de payer davantage pour les animaux demeure limitée. L’amélioration des marges nécessitera probablement une remontée de la valeur des carcasses, une demande plus forte à l’exportation, un ajustement de l’offre, ou une combinaison de ces facteurs. Les gains d’efficacité peuvent limiter les dégâts, mais ils ne peuvent pas remplacer indéfiniment un marché de la viande suffisamment vigoureux.
En résumé, la volaille remporte actuellement la bataille entre les protéines. Les volumes, les ventes et la demande évoluent dans la bonne direction. Dans le porc, les volumes tiennent le coup, mais la valeur et les marges ne suivent pas. Ultimement, produire ou transformer davantage n’aide pas beaucoup si chaque unité génère moins de valeur.
Information complémentaire de Simon – Pourquoi la demande de porc n’est-elle pas plus forte malgré des prix moins élevés?
La longe de porc peut coûter moins cher que les poitrines de poulet, mais cela ne se traduit pas automatiquement par une demande globale plus forte pour le porc :

- Les consommateurs ne considèrent pas nécessairement toutes les coupes comme des substituts directs. La longe de porc ne rivalise pas toujours avec la commodité et la polyvalence des poitrines de poulet.
- Le poulet entier offre un coût particulièrement avantageux par repas et peut fournir plusieurs portions, même si les os réduisent le rendement réellement consommable.
- Le poulet est généralement perçu comme une viande plus maigre, plus santé et plus facile à préparer.
- Le poulet rejoint un plus grand nombre de consommateurs, toutes cultures et religions confondues, tandis que le porc fait l’objet de restrictions alimentaires dans certains ménages.
- La demande de volaille est également soutenue par les restaurants, les aliments préparés et les produits de collation riches en protéines, et non seulement par les prix en épicerie.
- La demande de porc dépend de la valeur de l’ensemble de la carcasse. Une forte demande au détail pour une coupe peu coûteuse ne génère pas nécessairement suffisamment de valeur pour les jambons, les flancs, les épaules et les produits destinés à l’exportation.
Au plaisir,

Simon Briere | Stratège Principal
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