Nouvelles RJO'Brien

Recap Marchés : Matin du lundi 9 mars 2026

09 mars 2026, RJO'Brien

Bonjour – 9 mars 2026

Je continue de suivre la situation d’heure en heure selon les nouvelles et les développements géopolitiques.

Après les événements du week-end, il est clair que le conflit au Moyen-Orient a franchi un nouveau seuil d’escalade et les marchés commencent la semaine dans un environnement nettement plus tendu.

Plusieurs développements majeurs ont marqué la fin de semaine. L’Iran a officiellement nommé Mojtaba Khamenei, fils de l’ancien guide suprême Ali Khamenei, comme nouveau dirigeant du pays, dans un contexte de guerre ouverte avec Israël et les États-Unis. Parallèlement, les frappes militaires et les attaques de drones se sont poursuivies dans plusieurs pays de la région, notamment contre des infrastructures énergétiques et militaires dans les États du Golfe. Des attaques ont également visé des installations pétrolières et des infrastructures dans plusieurs pays voisins, tandis que des frappes israéliennes auraient ciblé des dépôts pétroliers et des installations militaires en Iran. Cette dynamique renforce le risque d’une perturbation durable des flux énergétiques mondiaux, notamment autour du détroit d’Hormuz, par où transite environ 20 % du pétrole mondial.

Les marchés commencent donc la semaine avec une nouvelle réévaluation TRÈS VIOLENTE du risque géopolitique.

Le mouvement le plus spectaculaire se trouve encore une fois du côté de l’énergie. Le pétrole progresse fortement ce matin, le contrat WTI se situant autour de 103 $ le baril, après avoir touché des pointes près de 120 $ durant la nuit. Après être passé de 65 $ à 75 $, puis vers 85 $ la semaine dernière, le marché franchit maintenant le seuil des 100 $, ce qui reflète une prime de risque géopolitique beaucoup plus importante. La rapidité du mouvement est également remarquable. Le baril est passé d’environ 60 $ à près de 120 $ en une dizaine de jours, ce qui représente un choc énergétique très violent pour l’économie mondiale. Historiquement, un tel mouvement est rarement soutenable très longtemps sans provoquer des ajustements importants : destruction de la demande, ralentissement économique mondial ou intervention politique, notamment via les réserves stratégiques.

Autrement dit, un pétrole qui monte très vite peut rester élevé si le risque géopolitique persiste, mais un passage aussi rapide de 60 $ à 120 $ en quelques jours est généralement difficile à maintenir durablement, car les forces économiques finissent par freiner la demande ou encourager une augmentation de l’offre ailleurs dans le monde.

Il faut aussi mettre ce mouvement en perspective avec ce que nous avons vu récemment dans d’autres marchés de matières premières. Dans les dernières années, plusieurs marchés ont connu des hausses spectaculaires lorsque l’offre était soudainement perturbée ou lorsque les inventaires devenaient très serrés :

  • Le cacao est probablement l’exemple le plus frappant. Entre 2023 et 2024, les prix sont passés d’environ 2 500 $ à plus de 12 000 $ la tonne, soit une multiplication par près de cinq, en raison de mauvaises récoltes en Afrique de l’Ouest et d’un déficit structurel de production.
  • On a vu un phénomène similaire avec le bois d’œuvre en 2021, où les prix ont explosé avec le choc de la pandémie et les perturbations logistiques.
  • Le marché de l’acier américain est également passé d’environ 500 $ à près de 2 000 $ la tonne en 2021, soit une multiplication par quatre dans un contexte de reprise économique et de contraintes d’offre. 
  • Plus récemment, l’argent (silver) a connu une envolée très rapide avec un mouvement presque vertical vers de nouveaux sommets.
  • Lors de la crise alimentaire de 2007-2008, le blé de printemps (spring wheat) avait connu une envolée spectaculaire, passant d’environ 5 $ à plus de 20 $ le boisseau en quelques mois seulement. À l’époque, une combinaison de stocks mondiaux très faibles, mauvaises récoltes et restrictions à l’exportation avait provoqué un véritable choc sur le marché.

Cela rappelle qu’en période de déséquilibre entre l’offre et la demande, les marchés de matières premières peuvent connaître des mouvements beaucoup plus violents que ce que les investisseurs imaginent au départ.

Autrement dit, l’histoire récente des marchés nous rappelle qu’un marché de matières premières peut bouger beaucoup plus violemment que ce que la plupart des investisseurs imaginent lorsque l’équilibre entre l’offre et la demande est brusquement perturbé. La question devient donc intéressante : qu’est-ce qui empêcherait réellement le pétrole de doubler, tripler ou même quadrupler, si plusieurs autres marchés l’ont fait récemment? La réponse tient surtout à trois éléments. D’abord, le pétrole est un marché beaucoup plus grand et liquide que la plupart des autres matières premières, ce qui rend les mouvements extrêmes plus difficiles, mais pas impossibles. Ensuite, il existe des réserves stratégiques gouvernementales qui peuvent être libérées pour calmer le marché. Enfin, une hausse trop rapide du pétrole finit généralement par provoquer une destruction de la demande, car les consommateurs et les entreprises ajustent rapidement leur comportement face à des prix énergétiques très élevés. Cela dit, si une perturbation majeure et durable survenait dans les flux pétroliers mondiaux — par exemple autour du détroit d’Hormuz — l’histoire récente des matières premières nous rappelle qu’un mouvement beaucoup plus violent que ce que le marché anticipe aujourd’hui reste théoriquement possible.

C’est dans ce contexte, donc, que les marchés boursiers réagissent négativement à cette nouvelle montée du pétrole et à l’incertitude géopolitique. Les contrats à terme sur le S&P 500 se situent autour de 6 737, en baisse d’environ 1 %, tandis que le Nasdaq recule d’environ 1,1 % et que le Russell 2000 cède près de 2 %, reflétant un mouvement plus clair d’aversion au risque en début de semaine.

Le TSX 60 a corrigé depuis ses et la baisse reflète surtout l’aversion au risque liée à l’escalade géopolitique et à la volatilité mondiale. Cependant, le marché canadien est fortement exposé aux matières premières, notamment l’énergie. Avec un pétrole qui a dépassé 100 $ et même touché près de 120 $ durant la nuit, cela agit comme un certain amortisseur pour l’indice. Autrement dit, le choc énergétique pèse sur les marchés mondiaux, mais il peut partiellement soutenir le marché canadien grâce au poids des compagnies énergétiques. Le marché canadien se trouve actuellement à l’intersection entre un choc géopolitique global et un environnement de matières premières extrêmement favorable, ce qui crée une dynamique plus nuancée que dans plusieurs autres marchés boursiers.

La volatilité augmente également. Le VIX, souvent appelé “indice de la peur” des marchés, se situe maintenant autour de 32 points. Cela reflète un niveau de stress important chez les investisseurs. Historiquement, un VIX entre 30 et 35 correspond à un environnement de forte incertitude, et qui se rapproche d’un niveau de panique systémique comme lors des grandes crises financières où il peut dépasser 40 ou 5, voir plus.

Du côté des métaux précieux, l’or recule légèrement autour de 5 103 $ (contrat) malgré le contexte géopolitique, ce qui illustre que son mouvement reste fortement influencé par la structure des taux d’intérêt et les attentes de politique monétaire plutôt que seulement par la dimension refuge.

Le dollar canadien se raffermit autour de 0,739, soutenu par la forte hausse du pétrole, tandis que le dollar américain demeure recherché dans cet environnement plus « risk-off ».

Dans les marchés agricoles, le complexe des grains demeure ferme. Le maïs se situe autour de 4,68 $, le soja près de 12,19 $ et le blé de Chicago autour de 6,23 $ le boisseau, tous en hausse ce matin. L’énergie plus élevée et le ton général des matières premières contribuent à soutenir l’ensemble du complexe.

Simon Briere | Stratège Principal

Office: +1 514-218-6888

R.J. O'Brien & Associates Canada Inc  | sbriere@rjobrien.com

1250 Boul René Lévesque Ouest | Bureau 4120 | Montréal | Québec H3B 4W8

Avertissement :

Le contenu et les opinions exprimés dans le présent commentaire sont uniquement ceux de l'auteur(s) et ne sont pas nécessairement partagés par R.J. O'Brien & Associés Canada Inc. Les données et observations présentées ici ne sont fournies qu'à titre informatif et ne doivent pas être interprétées comme une indication ou garantie de rendement futur des marchés concernés. Le risque de perte dans les contrats à terme ou les options sur marchandises peut être important et ne convient pas à tous les investisseurs. Contactez votre représentant de compte pour plus d'informations sur ces risques. Les informations et les opinions contenues dans le présent document proviennent de sources jugées fiables, mais ne sont pas garanties quant à leur exactitude ou leur exhaustivité. Veuillez examiner soigneusement votre situation financière avant de prendre des décisions de transaction. R.J. O'Brien & Associés Canada Inc. est membre de l’Organisme canadien de réglementation des investissements (OCRI) et du Fonds canadien de protection des investisseurs (FCPI).


Partager cet article