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Iran et marchés : alerte volatilité ---- les points clés

02 mars 2026, RJO'Brien

Bonjour à tous, peu habituel d’envoyer ce genre d’info le dimanche, mais la situation est exceptionnelle.

Il y a beaucoup de bruit autour des manchettes sur l’Iran en ce moment. J’essaie donc de rester court et direct, en me concentrant sur les quelques éléments qui comptent réellement pour les marchés. La situation évolue rapidement, mais essayons d’analyser quand même, avec ce que l’on sait. 

Préparez-vous à une séance volatile dans quelques minutes à partir de ce soir 18h (heure de l’Est). 

Ce que nous savons

Les manchettes géopolitiques sont revenues au premier plan ce week-end après des actions militaires américaines impliquant l’Iran, soulevant des questions sur les implications possibles pour les marchés de l’énergie, les actifs financiers et le sentiment de risque global. Les marchés réagissent généralement rapidement aux chocs géopolitiques, mais l’ampleur et la durée des mouvements dépendront surtout de l’évolution de la situation : escalade ou stabilisation. 

À quoi s’attendre

Voici les principales implications possibles pour les différentes classes d’actifs.

À quoi s’attendre : Pétrole. Les marchés pétroliers réagissent rapidement aux tensions avec l’Iran, car environ 20 % du pétrole mondial transite par le détroit d’Ormuz. Même de petites perturbations peuvent donc ajouter une prime de risque géopolitique aux prix. Même si cela est essentiellement impossible à prédire, voici une idée de variation et scénario possible.

  • Si l’escalade reste contenue, le pétrole pourrait gagner 3 à 10 $
  • Une perturbation du transport maritime pourrait pousser les prix vers 80 $.
  • Une fermeture complète du détroit d’Ormuz (scénario extrême) pourrait provoquer un bond au-delà de 100 $.

À quoi s’attendre : Marchés boursiers. Historiquement, les marchés boursiers réagissent aux chocs géopolitiques par une hausse temporaire de la volatilité, mais l’impact s’estompe souvent rapidement sauf si l’événement affecte les fondamentaux économiques. Les marchés surveilleront surtout deux questions : 1) Le pétrole monte-t-il suffisamment pour raviver l’inflation et 2) Le conflit s’étend-il à l’échelle régionale.

À quoi s’attendre : Or (gold) L’or agit généralement comme actif refuge en période de stress géopolitique. Lorsque l’incertitude augmente : les investisseurs se tournent vers l’or, les rendements obligataires ont tendance à baisser, le dollar américain se renforce. La réaction de l’or dépendra surtout de la durée des tensions : tensions de courte durée → hausse temporaire, instabilité prolongée → demande refuge plus forte.

À quoi s’attendre : VIX. Le VIX (indice de volatilité) a tendance à monter lorsque les tensions géopolitiques augmentent, les investisseurs cherchant à couvrir leur risque sur les actions. Si le conflit reste contenu, la volatilité pourrait monter brièvement puis retomber. Une escalade plus large ou un choc durable sur le pétrole pourrait maintenir le VIX élevé.

À quoi s’attendre : Dollar canadien. Le dollar canadien évolue souvent avec le pétrole puisque l’énergie est une exportation majeure du Canada. Si le pétrole monte en raison du risque géopolitique, le CAD pourrait se renforcer légèrement. Toutefois, l’incertitude globale ou une fuite vers les actifs refuges favorise généralement le dollar américain, ce qui peut limiter la hausse du CAD.

Pourquoi la situation avec l’Iran est différente des autres perturbations.

Contrainte politique : Trump, « Drill Baby Drill » et la question de l’inflation. Le pétrole est au cœur de la réaction des marchés, mais la politique compte aussi. Le président Trump a été élu en partie sur le mécontentement des électeurs face au coût de la vie et à l’inflation durant les années Biden, où les prix de l’énergie et de l’essence sont devenus un symbole visible de cette pression. Son message économique met depuis l’accent sur : une inflation plus faible, des prix de l’essence plus bas, la domination énergétique américaine, souvent résumée par l’expression “drill baby drill”. L’idée est simple : maintenir les prix de l’énergie bas pour soutenir la croissance et limiter l’inflation. Un conflit prolongé avec l’Iran,surtout s’il menace les flux pétroliers dans le détroit d’Ormuz, irait directement à l’encontre de cet objectif. Une hausse du pétrole se traduit rapidement par une hausse du prix de l’essence, ce qui est à la fois économiquement et politiquement sensible aux États-Unis. Pour cette raison, les marchés supposent généralement qu’il existe une forte incitation politique à éviter un choc pétrolier durable. Cela n’élimine pas le risque géopolitique, mais cela influence la façon dont les investisseurs évaluent les probabilités d’escalade. En pratique, le coût politique d’un conflit prolongé qui ferait monter les prix du pétrole pourrait agir comme une contrainte sur les décisions, favorisant des efforts pour contenir les tensions plutôt que de laisser la situation dégénérer en confrontation prolongée. 

Les marchés se souviennent de 2022 (Ukraine/Russie), mais le contexte est différent. La comparaison naturelle est l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, mais le contexte économique était très différent. À ce moment-là, l’économie mondiale faisait encore face aux perturbations des chaînes d’approvisionnement liées à la COVID-19. Les réseaux logistiques étaient fragiles, les inventaires faibles dans plusieurs matières premières, et l’inflation augmentait déjà rapidement. La guerre a alors frappé plusieurs chaînes d’approvisionnement essentielles en même temps : l’énergie, le blé et les céréales, les engrais. La Russie et l’Ukraine étaient des fournisseurs majeurs dans ces marchés, ce qui a transformé le conflit en choc global sur les matières premières. Le résultat : forte hausse des prix de l’énergie, perturbations majeures dans les marchés agricoles, pression supplémentaire sur une inflation déjà élevée. La situation avec l’Iran est structurellement différente. L’Iran est surtout un producteur d’énergie, mais il ne joue pas un rôle majeur dans les exportations mondiales de céréales ou d’engrais. L’impact économique potentiel est donc beaucoup plus concentré sur le pétrole, plutôt qu’un choc simultané sur plusieurs marchés de matières premières. De plus, les chaînes d’approvisionnement mondiales sont beaucoup plus normalisées aujourd’hui qu’au début de 2022.

La politique pourrait limiter l’escalade. Pris ensemble, ces éléments expliquent pourquoi les marchés peuvent actuellement anticiper davantage un scénario de containment que d’escalade. Un conflit majeur perturbant les flux énergétiques ferait probablement monter fortement les prix du pétrole, raviverait l’inflation et pourrait ralentir la croissance économique, des résultats qui iraient à l’encontre des priorités économiques mises de l’avant actuellement. Pour cette raison, les investisseurs supposent souvent que les décideurs ont un intérêt à gérer la situation avec prudence, afin d’éviter un conflit régional plus large qui déstabiliserait les marchés de l’énergie. Les canaux diplomatiques, les signaux stratégiques et les efforts visant à maintenir les voies maritimes ouvertes dans le Golfe pourraient jouer un rôle pour empêcher une escalade. 

Pour les marchés, cela ne signifie pas que le risque disparaît, ais cela suggère que le scénario le plus probable reste une escalade contrôlée suivie d’une stabilisation, plutôt qu’un conflit prolongé qui bouleverserait profondément les marchés mondiaux des matières premières. 

 

Simon Briere | Stratège Principal

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