Nouvelles Philip Shaw

Le diesel n’est plus une simple dépense d’exploitation

22 septembre 2026, Philip Shaw

À la ferme, certaines choses semblent avoir toujours fait partie du décor, et le diesel en est une. Oui, je suis assez vieux pour me souvenir de l’époque où l’on remplissait d’essence le réservoir de la moissonneuse-batteuse et celui du tracteur, en début ou en fin de journée. Le diesel était alors relativement nouveau, mais il est devenu, avec le temps, aussi courant à la ferme que les écrous et les boulons. Il s’agissait simplement d’une dépense d’exploitation, même si nous cherchions toujours à tirer le maximum de chaque litre de carburant. Les années ont passé, et nos tracteurs et nos moissonneuses-batteuses utilisent désormais des ordinateurs et des logiciels pour optimiser leur consommation.

Le diesel coûte maintenant extrêmement cher. En fait, son prix atteint des sommets records. Aux États-Unis, le prix du diesel routier a récemment franchi les 6,40 $ le gallon américain. Les prix payés par les agriculteurs américains sont un peu moins élevés, mais ils ont augmenté d’environ 3 $ par rapport à l’an dernier. En Ontario, je paie environ 2,52 $ le litre, soit 11,52 $ le gallon impérial, TVH comprise. Inutile de dire que cela retient mon attention. Pour un produit autrefois si banal à la ferme, nous en sommes presque à le mesurer à la tasse à thé.

Je n’ai pas besoin de vous expliquer à quel point cela pose problème, surtout alors que les récoltes s’intensifient en Ontario et au Québec et qu’elles sont déjà bien avancées dans l’Ouest canadien. La hausse des prix s’est faite assez graduellement, mais, sur ma ferme, le diesel coûte 26 % de plus qu’en avril, alors qu’il était déjà cher à ce moment-là. En avril, par exemple, je payais 1,95 $ le litre. Le prix est passé à environ 2,14 $ cet été, et nous en sommes maintenant à 2,52 $. Disons que travailler le sol pour le plaisir devient de plus en plus un luxe.

Les raisons de cette hausse du prix du diesel sont nombreuses. Toutefois, une bonne partie trouve son origine dans la guerre en Iran. Tout le monde sait que le déclenchement de la guerre et la fermeture du détroit d’Ormuz ont eu de multiples répercussions sur l’économie mondiale. Le marché pétrolier, bien sûr, est particulièrement agité depuis les premiers tirs de missiles. À cela s’ajoute un autre détroit, celui de Bab al-Mandab, entre Djibouti et le Yémen, où la circulation est compromise par les rebelles houthis engagés dans des combats le long de la mer Rouge, dans le conflit impliquant l’Arabie saoudite et le Yémen. Ces deux détroits sont des passages stratégiques par lesquels transite une grande partie du pétrole mondial. C’est une longue histoire, dont nous avons souvent parlé au début du printemps à propos de la disponibilité et du prix des engrais.

L’Arabie saoudite avait construit un oléoduc traversant le pays d’est en ouest jusqu’à la mer Rouge, mais celui-ci est également menacé par des attaques de drones. Gardez à l’esprit ce que j’ai toujours dit : la vérité est la première victime de la guerre. Il est donc difficile de savoir ce qui se passe réellement. Quoi qu’il en soit, la situation s’aggrave, ce qui expose davantage les intrants agricoles, comme le diesel et les engrais, à une volatilité extrême des prix. Tout le monde souhaite évidemment un retour à la normale, mais je crois que la normalité nous a quittés plus tôt cette année.

J’aime envisager le prix au comptant du diesel de la même façon que celui des grains. Par exemple, le prix du maïs correspond au cours du contrat à terme le plus rapproché, auquel on ajoute ou soustrait une base locale déterminée par l’offre et la demande. La réalité est plus complexe, mais c’est essentiellement le principe. Le prix du diesel, lui, reflète non seulement celui du pétrole, mais aussi les volumes produits par les raffineries. Il dépend de l’offre et de la demande de carburants distillés. L’efficacité des raffineries et les autres facteurs qui influencent le marché jouent donc un rôle important. Les fournisseurs se basent sur les prix de gros du diesel à la rampe de chargement, qui sont généralement propres à chaque terminal et à son emplacement. Lorsque le carburant arrive sur ma ferme, une certaine majoration s’ajoute à ce prix de gros. C’est ce que nous payons.

Vous pouvez consulter les prix de gros du carburant à la rampe de chargement de Petro-Canada au lien suivant.

https://www.petro-canada.ca/en/business/rack-prices

Bien entendu, toute cette chaîne a subi d’importantes perturbations, et je me trouve tout simplement au bout de celle-ci. Cela a créé de véritables difficultés pour l’agriculture canadienne en 2026. C’est une évidence, mais nous avons tout de même des choix à faire en tant qu’agriculteurs. Autrefois, je travaillais le sol trois fois, dans un nuage de poussière, avant de semer. Depuis maintenant 30 ans, toutefois, je pratique le semis direct sur une grande partie de mes superficies, ce qui a considérablement réduit ma consommation de carburant. Si cette hausse des prix se poursuit, elle remettra certainement en question certaines pratiques de gestion partout au Canada.

Est-ce que j’aimerais que quelqu’un fasse quelque chose pour remédier à la situation? Certainement, mais je ne sais pas par où commencer. Certains affirment même que les bombardements ukrainiens contre les dépôts énergétiques russes réduisent encore davantage les disponibilités mondiales de diesel. J’ai toujours été du côté de la paix; j’aimerais simplement qu’elle arrive enfin.

Les répercussions de toutes ces hausses du prix du diesel sont énormes. Des surcharges s’ajouteront au coût de tout ce qui est transporté par camion ou par train. Jusqu’ici, en 2026, très peu de marchandises sont livrées par véhicule électrique ou par drone.

Au bout du compte, les agriculteurs devront composer avec tout ce que le marché du diesel leur réserve. Des prix plus élevés nous inciteront à examiner de plus près chaque passage au champ, chaque chargement transporté et chaque décision de gestion qui entraîne une consommation de carburant. Ce n’est peut-être pas entièrement une mauvaise chose. En agriculture, il a toujours fallu faire davantage avec les moyens disponibles, et le diesel cher ne fait qu’accentuer cette nécessité. Il faut tout de même rentrer la récolte. Je vais simplement y aller un peu plus doucement sur l’accélérateur.

 

 


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