J’étais dans l’un de mes champs de soya plus tôt aujourd’hui et, même avec mon esprit sceptique, j’ai été assez impressionné par ce que j’ai vu. Vous savez tous que j’appelle le soya le grand hypocrite parce que, souvent, il peut avoir belle apparence sans toutefois donner tout à fait ce que nous pensions. À l’inverse, il peut parfois sembler plutôt ordinaire, mais produire beaucoup mieux que prévu. C’est ce qui m’est arrivé l’an dernier : j’ai connu une multitude de problèmes pour faire pousser mon soya, mais les rendements ont finalement largement dépassé mes attentes. Cette année, mon soya paraît beaucoup mieux que l’an dernier, alors j’espère de bons résultats.
Nous sommes à environ trois semaines de la fête du Travail, qui constitue toujours pour moi une sorte de point de repère concret pour mes cultures. Autrement dit, si vous vous projetez un instant jusqu’à la fête du Travail, le même soya que j’ai observé aujourd’hui devrait commencer à changer de couleur et, espérons-le, mon maïs devrait être au stade denté. Cela signifie que la période actuelle est cruciale pour le développement des cultures. J’ai besoin de trois bonnes prochaines semaines pour mener mes cultures à maturité, et il en va de même dans toute la Corn Belt nord-américaine.
La semaine dernière, nous avons toutefois reçu le plus récent rapport WASDE de l’USDA, qui aurait dû apporter un peu plus de clarté sur la situation actuelle. Avant sa publication, il fallait se rappeler à quel point certaines régions avaient été sèches en juillet, tout en tenant compte des nombreuses averses reçues au cours des deux dernières semaines. D’entrée de jeu, l’USDA nous a réservé une petite surprise en augmentant de 1,4 million d’acres les superficies de maïs et de soya.
La nouvelle estimation de l’USDA porte les superficies de maïs à 96,7 millions d’acres. L’agence a également relevé les superficies de maïs qui devraient être récoltées à 88,6 millions d’acres. Parallèlement, l’USDA a réduit sa prévision de rendement de 2,3 boisseaux/acre, à 180,7 boisseaux/acre. La production américaine totale est maintenant estimée à 16,013 milliards de boisseaux, légèrement plus qu’en juillet. Encore une fois, comme nous l’avons déjà mentionné, il s’agirait de la deuxième plus importante récolte jamais enregistrée, derrière celle de l’an dernier. Les stocks de fin de campagne sont prévus à 1,653 milliard de boisseaux, comparativement à 1,79 milliard le mois dernier. À première vue, ce rapport pouvait sembler baissier, mais la réduction du rendement semble avoir déstabilisé les algorithmes des marchés céréaliers. Le maïs a gagné 0,20 $ au cours de la séance, avant de reculer de 0,08 $ aujourd’hui.

L’USDA estime la production de soya à 4,519 milliards de boisseaux, avec un rendement de 52,7 boisseaux/acre sur 86,8 millions d’acres ensemencés. Si cette prévision se concrétise, il s’agira de la plus importante récolte de soya jamais enregistrée aux États-Unis. Les stocks américains de fin de campagne pour la nouvelle récolte sont estimés à 320 millions de boisseaux. Lorsqu’on combine cette énorme récolte américaine aux importantes productions du Brésil, la production mondiale de soya atteint des niveaux records. Une partie de l’expansion de l’offre américaine de soya est toutefois absorbée par l’utilisation industrielle, principalement pour le biodiesel et le diesel renouvelable. Il faut reconnaître aux Américains le mérite d’avoir développé cette politique.
Même si j’ai qualifié ce rapport de plutôt baissier, d’autres l’ont décrit comme étant quelque peu haussier, et il était difficile de leur donner tort puisque les prix ont bondi ce jour-là. Il faut cependant garder à l’esprit l’ampleur de ces récoltes. Elles sont énormes et il ne leur reste qu’environ trois semaines avant d’être pratiquement assurées. Parallèlement, ici en Ontario et au Québec, les prix au comptant des grains sont nettement plus élevés qu’au cours des deux dernières années. Le maïs de nouvelle récolte se négocie autour de 6,12 $ le boisseau, tandis que le soya de nouvelle récolte vaut environ 15,32 $ le boisseau.
Les raisons sont nombreuses et, bien entendu, la demande demeure très forte pour le maïs comme pour le soya. Toutefois, il est assez évident que les tensions géopolitiques entre la Russie et l’Ukraine, ainsi qu’entre l’Iran et les États-Unis, ajoutent une prime aux prix par rapport à ce qu’ils seraient dans un contexte normal. La Russie et l’Ukraine continuent d’attaquer mutuellement leurs infrastructures d’exportation de grains. Les tensions persistantes entre l’Iran et les États-Unis continuent également de provoquer de la nervosité sur le marché du pétrole. Pendant ce temps, notre dollar canadien demeure essentiellement spectateur, oscillant autour de 0,71 $ US, ce qui soutient fortement les prix au comptant des grains en Ontario et au Québec.
À cela s’ajoute la visite prévue du président Xi aux États-Unis le 24 septembre. Cette rencontre sera importante pour les prix du soya aux États-Unis, et nos algorithmes des marchés céréaliers en tiendront certainement compte. La Chine achète du soya américain depuis plusieurs semaines et l’espoir est que ces achats se poursuivent. La visite du président chinois nourrira les attentes d’achats supplémentaires, non seulement de soya, mais également de maïs. Inscrivez le 24 septembre à votre calendrier et attendez-vous à ce que les algorithmes des marchés en fassent autant.
Il va sans dire que nous devons encore traverser au moins les trois prochaines semaines avant de pouvoir considérer cette récolte comme réalisée à 95 %. Si nous y parvenons, puis que nous atteignons le 24 septembre, date de la visite du président chinois aux États-Unis, nous nous retrouverons entourés d’une offre céréalière extrêmement abondante. Rappelons que nous nous dirigeons vers la deuxième plus grosse récolte de maïs de l’histoire, après celle de l’an dernier, ainsi que vers la plus importante récolte de soya jamais produite aux États-Unis. Les baissiers devraient alors commencer à prendre le contrôle du marché.
La chose la plus importante à retenir est que les agriculteurs ne sont pas payés pour produire des grains; ils sont payés pour les vendre. Si ces récoltes se terminent comme prévu, le poids de l’offre deviendra considérable. Cela signifie qu’il ne faut pas hésiter à sécuriser une partie de ses revenus lorsque l’occasion se présente. Les marchés céréaliers nous ont offert une occasion inattendue lors de la publication du rapport de l’USDA en août, et cette occasion pourrait encore être présente. Comme toujours, le défi consiste à reconnaître ces occasions lorsqu’elles se présentent.
