Nouvelles Philip Shaw

Le marché n’attend jamais l’information parfaite

20 juillet 2026, Philip Shaw

Eh bien, nous venons de connaître quelques journées enfumées et très chaudes dans le sud-ouest de l’Ontario. Pour bon nombre d’entre nous, en Ontario et au Québec, ainsi que dans certaines régions des États-Unis, nous subissons l’une des pires pollutions atmosphériques causées par les feux de forêt depuis plusieurs années. La dernière fois que cela s’est produit, certains agronomes avaient affirmé que l’augmentation du soufre dans l’air était bénéfique pour les cultures. J’espère seulement qu’ils ont raison cette fois-ci.

C’est un problème terrible, surtout pour les familles ontariennes dont les maisons sont touchées par les feux de forêt. Espérons que la pluie tombe cette fin de semaine et éteigne un grand nombre de ces incendies. En fin de compte, nous sommes tous Canadiens et nous devons travailler ensemble en espérant que cette situation prenne fin.

Au milieu de la fumée, la récolte de blé progresse rapidement dans des conditions très sèches partout dans le sud-ouest de l’Ontario. Elle se poursuivra jusqu’à la frontière du Québec, quelque part en août. Bien sûr, je ne connais pas encore vraiment les rendements, mais le marché du blé a au moins montré un peu de vigueur au cours de la dernière semaine. Les producteurs de blé de l’Ontario et du Québec ont pu vendre leur blé bien au-dessus de 8 $ le boisseau.

Chose intéressante, ici en Ontario et au Québec, nous ne disposons pas vraiment d’un bon organisme gouvernemental capable d’évaluer l’étendue et l’état des cultures. Oui, nous avons Statistique Canada, qui nous fournit une estimation des superficies, mais ses données ne sont souvent pas aussi rapides qu’on le souhaiterait. Je connais plusieurs personnes qui travaillent à Agriculture et Agroalimentaire Canada et qui participent à la cartographie des cultures au moyen de technologies satellitaires. Elles font un excellent travail, mais, en fin de compte, je dis souvent qu’en Ontario, nous faisons des estimations approximatives du nombre d’acres ensemencés et du nombre de boisseaux produits. Je connais moins bien la situation au Québec, mais j’ai souvent tendance à prendre les estimations de Statistique Canada pour parole d’évangile. J’ai souvent écrit cela en les comparant aux statistiques exhaustives publiées par l’USDA. Voilà pourquoi un récent article de Jake Zajkowski, rédacteur chargé des politiques agricoles à DTN, a particulièrement retenu mon attention. Il expliquait comment l’USDA prévoit examiner et moderniser les rapports, les systèmes de données et les taux de réponse aux enquêtes du Service national des statistiques agricoles (NASS).

Selon l’article, les taux de réponse aux enquêtes de l’USDA portant sur la production agricole, les superficies et les stocks de grains se situaient entre 80 et 85 % en 1992. Ils sont tombés entre 50 et 55 % en 2016 et atteignent maintenant environ 30 % en moyenne. Il est logique de penser qu’avec une telle baisse du taux de réponse, les renseignements tirés des enquêtes ne sont plus aussi fiables qu’autrefois. Nous avons tous critiqué les rapports de l’USDA. L’an dernier, l’USDA avait d’abord annoncé que les superficies de maïs s’établiraient à 94 millions d’acres. Elles ont toutefois finalement atteint 98,8 millions d’acres en janvier 2026. Comment cela peut-il se produire? Au moins, l’USDA prend des mesures pour tenter de le comprendre.

Nous verrons ce qui se passera, car les agriculteurs auront certainement des opinions partagées sur les rapports de l’USDA, même après l’examen. Nous avons toujours l’impression d’agir dans le vide. Toutefois, les choses changent rapidement. La semaine dernière encore, nous parlions d’algorithmes de négociation des grains qui avaient intégré un protocole d’entente prévoyant un cessez-le-feu entre l’Iran et les États-Unis. Cette semaine, tout cela est réduit en miettes, alors que l’Iran et les États-Unis sont engagés dans une guerre ouverte. Parallèlement, des drones survolent la mer d’Azov et neutralisent les expéditions russes de grains dans la région de la mer Noire. Ajoutez à cela la baisse des récoltes de blé partout dans le monde, et le blé de Kansas City a gagné jusqu’à 1,30 $ le boisseau au cours des deux dernières semaines seulement.

En Ontario et au Québec, cela s’est traduit par de meilleurs prix au comptant pour le blé, juste à temps pour les livraisons à votre élévateur local. Toutefois, savons-nous encore réellement ce qui se passe? J’ai affirmé que la vérité est la première victime de la guerre lorsque la situation a commencé à s’envenimer dans le détroit d’Ormuz. C’est certainement toujours le cas, mais l’incertitude, combinée aux algorithmes de négociation, stimule parfois les achats. C’est en grande partie ce qui s’est produit mercredi dernier, lorsque le blé tendre rouge d’hiver à Chicago a progressé de 0,47 $ le boisseau en une seule journée.

Le maïs et le soya ont également pris de la valeur depuis le rapport de l’USDA du 30 juin. En date de jeudi dernier, le soya avait gagné environ 0,70 $ et le maïs, 0,30 $. S’agit-il d’un dernier sursaut avant l’arrivée de la pluie, la dissipation de la fumée et le retour de récoltes records? À ce stade, personne ne le sait, même si les données de l’USDA sur l’évolution des cultures pourraient fournir quelques indices au cours de la prochaine semaine.

Peut-être que les rapports nouveaux et améliorés de l’USDA apporteront un peu plus de clarté au cours des prochains mois. Il va sans dire que nous sommes rendus à une période de la saison agricole qui est cruciale pour le développement des cultures et qui pourrait faire évoluer les prix dans un sens ou dans l’autre. Le défi pour les agriculteurs de l’Ontario et du Québec est que nous ne pouvons tout simplement pas attendre de disposer d’une information parfaite avant de prendre nos décisions de commercialisation. La fumée finira par se dissiper, les moissonneuses-batteuses continueront d’avancer et le marché poursuivra sa recherche du prochain facteur déterminant. Quelque part entre les prévisions météorologiques, les rapports gouvernementaux, les manchettes géopolitiques et les algorithmes de négociation se trouve une occasion. Notre travail consiste à la reconnaître avant tout le monde.

 


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