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Le prix du maïs peut-il vraiment grimper au Québec cet été?

04 mars 2020, Agrocentre

Le compteur tourne et il ne reste déjà que quelques semaines avant le début d’une autre saison. Si on se fie aux dernières prévisions d’Environnement Canada, il faut s’attendre à un printemps plus chaud et humide qu’à la normale au Québec pour l’instant.

Après 2019, nous n’avons certainement pas besoin d’un autre printemps tardif en raison d’averses à répétition. Par contre, si Environnement Canada voit juste pour la période de mars à mai, les températures plus chaudes devraient permettre de débuter la saison et les ensemencements plus tôt. Avec un peu de chance, nous aurons donc quelques fenêtres supplémentaires pour semer plus rapidement cette année.

D’ici là, alors que le branle-bas de combat commence tranquillement pour la saison 2020, plusieurs producteurs ont encore de bons volumes à vendre de maïs de la dernière récolte. L’idée circule depuis un moment qu’avec la mauvaise récolte de 2019, le prix du maïs risque fort de grimper l’été prochain à des niveaux beaucoup plus intéressants.

Depuis l’automne dernier, le prix du maïs a été très volatil au Québec, selon les régions et surtout la qualité du grain, de 220 à 250 $ la tonne. Si les prix grimpent à l’été prochain, on espère donc aller chercher au moins de 250 à 270 $ la tonne. C’est certainement possible bien entendu, mais on doit y apporter quelques bémols.

D’une part, il n’y a plus rien de nouveau à dire concernant la mauvaise récolte de 2019, autant en qualité qu’en quantité. Pour cette raison, ça fait déjà un bon moment que les acheteurs ont pris les devants, avec des quantités importantes de maïs en provenance des États-Unis et de l’Ontario qui inondent le marché québécois. Et sachant qu’il manquera certainement de maïs à l’été prochain, on peut dire sans trop se tromper qu’il y en aura encore tout autant qui rentrera alors au Québec. Ceci devrait contribuer à faire plafonner les prix.

D’autre part, s’il est vrai qu’on peut croire avec raison que le marché local restera très vigoureux pour encore un bon moment, possiblement jusqu’à l’automne prochain, le marché à Chicago peut toujours nous jouer un tour.

Il y a deux semaines, l’Ag Forum Outlook organisé par le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) a révélé qu’on pouvait envisager des ensemencements américains de 94 millions d’acres. Il s’agit d’un bond important par comparaison des 89,7 millions d’acres de l’an dernier, et un niveau historiquement élevé d’ensemencements. La semaine dernière, un sondage de l’équipe de Farm Futures y a été avec une prévision encore plus agressive de 96,6 millions d’acres (Farm Futures - Latest Farm Futures survey shows higher corn acres in 2020). Pour se situer, le record d’ensemencements américains de tous les temps est d’un peu plus de 97 millions d’acres atteints en 2012.

Si ces projections se confirment pour ce printemps, et que la météo est de la partie, on prévoit donc sans grande difficulté, une récolte record de maïs américain de plus de 15 à 15,5 milliards de boisseaux (380 à 394 millions de tonnes).

On dit que la demande de maïs vigoureuse, surtout du côté animal où plusieurs pays ont considérablement augmenté leurs productions de porc, bœuf et volaille. C’est certainement une bonne chose avec cette récolte record de maïs américain qui se profile à l’horizon. Cependant, est-ce que ce sera suffisant pour éviter une hausse marquée des stocks américains et mondiaux de maïs en 2020? Tout porte à croire pour le moment que non.

Or si les pièces de ce casse-tête commencent à se mettre en place à partir de cet été, comme c’est généralement le cas chaque année une fois le début de saison bien amorcé, le marché du maïs à la bourse de Chicago est certainement à risque de plonger.

Avec la mauvaise récolte de 2019, au Québec, le marché local restera vigoureux d’ici l’automne. Cependant, un plongeon du marché à Chicago rendra beaucoup plus difficile pour les prix même au Québec de s’apprécier davantage. Nous aurons certainement de meilleurs prix, mais vraiment, de combien meilleur que cet hiver, là est la question?

Entreposer du maïs encore quelques mois pour gagner 5 à 10 $ la tonne de plus qu’aujourd’hui n’est pas un gain remarquable, encore moins si on considère des frais et de possibles pertes de qualité liés à cet entreposage. Ceci dit, à défaut de pouvoir anticiper avec justesse ce que seront les prix cet été, l’idée de réduire son risque dans le marché avec de bonnes ventes cet hiver apparaît certainement une bonne approche.

Vous aimeriez avoir plus de conseils dans la vente de vos récoltes, contactez l’un de nos conseillers en commercialisation du réseau Agrocentre!


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