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Nouvelles Philip Shaw

Rapport d’octobre du USDA : petit rayon de soleil pour les contrats à terme de soja

14 octobre 2017, Philip Shaw

La pluie a mis un frein aux récoltes cette dernière semaine en Ontario. J’étais en voie de terminer ma récolte de soja et mon ensemencement de blé lorsqu’une série de précipitations est venue m’arrêter. J’espère pouvoir reprendre le travail la semaine prochaine. Le taux d’humidité du maïs tourne autour de 25 % dans mon coin, alors par le temps que je finisse le soja, ça devrait être juste parfait.

Je m’attends à une récolte un peu inférieure à la moyenne, particulièrement pour le soja. C’est cliché maintenant de dire que la récolte ontarienne est variable, mais c’est exactement le cas. Les pluies estivales ont joué un rôle déterminant dans les bons rendements. Bien entendu, ce n’est pas tout le monde qui a été aussi chanceux.

Aux États-Unis, les évaluations les plus récentes du USDA viennent d’être publiées. Dans le rapport sur l’état de l’offre et de la demande (WASDE) d’octobre, la production de maïs pour 2017-2018 est estimée à 14,28 milliards de boisseaux, ce qui représente une hausse de 1 % par rapport à la prévision de septembre. La superficie de maïs a été revue à la baisse à 83,1 millions d’acres, soit -4 % par rapport à l’an passé. Le rendement national américain pour le maïs a été augmenté à 171,8 boisseaux/acre. Ce rapport était le premier de l’année dans lequel on utilisait les données de superficie fournies par les agriculteurs à la Farm Service Agency du USDA.

J’ai été quelque peu négatif en ce qui a trait au maïs tout au long de la saison. L’évaluation de 171,8 boisseaux/acre ne me surprend pas vraiment, même si de nombreux agriculteurs américains considéraient ce nombre bien trop élevé en août. Mon périple dans le Midwest américain et l’Iowa dans la première moitié d’août a véritablement teinté mon point de vue. Les cultures avaient vraiment bonne mine même si elles étaient un peu sèches. C’est grâce à l’amélioration génétique du maïs si le rendement national aux États-Unis est si élevé, surtout en cette année où l’humidité était limitée.

Le soja, quant à lui, m’a surpris. Vous vous rappelez peut-être la chronique dans laquelle je traitais le soja de grand menteur. Le USDA a effectivement revu à la baisse son évaluation du rendement national américain à 49,5 boisseaux/acre, soit une diminution de 0,4 boisseau/acre par rapport au mois passé. J’étais prêt à plutôt voir une augmentation du rendement, mais ce n’est pas arrivé. La production de soja est maintenant estimée à 4,431 milliards de boisseaux sur une superficie record de 89,5 millions d’acres. Le USDA s’attend à des stocks de fin d’année de soja de 430 millions de boisseaux aux États-Unis comparativement à la projection énorme de 475 millions de boisseaux le mois dernier. C’est bien au-delà des 301 millions de boisseaux de l’année dernière. Cependant, il faut garder en tête que le USDA surévalue systématiquement ces stocks de report.

La réaction au rapport a été relativement positive, surtout pour le soja. En fait, le contrat de soja de novembre a clôturé en hausse de 0,26 $ pour une journée à 9,92 $, ce qui a porté le contrat de soja de novembre à un nouveau sommet de deux mois. Les négociants en grains sur Twitter réclamaient que les gens vendent leur soja. L’inactivité durait depuis presque deux mois... Mais bon, la récolte américaine est tout de même la plus importante jamais vue. Si le prix des contrats à terme peut avoisiner les 10 $ alors que la production est si importante, c’est bien que la demande de soja est insatiable.  

Le USDA a évalué les stocks de report de maïs à 2,34 milliards de boisseaux. C’est vraiment un chiffre imposant, et ça n’augure rien de bon pour les prix du maïs. Le rendement de 171,8 boisseaux/acre témoigne de la grande productivité des hybrides modernes de maïs. Vous pouvez même penser voir en 2018, avec des gains normaux de productivité, des rendements encore plus élevés. C’est tout à fait naturel et, si vous ajoutez cela aux stocks de report de 2,34 milliards de boisseaux, les prix du maïs ne sont pas en mode de croissance. En raison de l’augmentation des stocks de fin d’année, le prix moyen au comptant pour les producteurs américains l’an prochain pourrait bien se trouver sous les 2,90 $/boisseau.

Évidemment, ça, c’est si tout se déroule sans heurt aux États-Unis l’année prochaine. Personne ne sait quelle direction prendront les prix, mais les stocks s’accumulent et la demande ne suit pas. Il faudra voir quel effet la situation aura sur les intentions d’ensemencement à ce moment en 2017 pour 2018. Nos amis en Amérique du Sud ajoutent présentement au casse-tête avec leurs champs partiellement semés.

Pour les agriculteurs ontariens et québécois, comme le huard équivaut environ à 0,80 $ US, cela signifie des prix plus bas. Les prix au comptant du maïs se situent actuellement entre 4,15 $ et 4,60 $/boisseau en Ontario. Les prix au comptant du soja se situent entre 11,50 $ et 11,70 $/boisseau. Si on regarde ce qui s’en vient, difficile de s’attendre à une hausse dans le cas du maïs. Mais de son côté, le soja devra traverser encore plusieurs épisodes météorologiques en Amérique du Sud. L’ensemencement est en cours au Brésil et débutera bientôt en Argentine. Si l’on voit deux semaines de temps chaud et sec, le prix des contrats à terme de soja va sérieusement grimper.

Lorsque la pluie cessera, on rembarque sur la moissonneuse-batteuse. Les deux dernières semaines d’octobre peuvent être superbes. C’est ce dont nous avons besoin. Un petit rayon de soleil pour le prix des cultures ne ferait pas de tort non plus.

 


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