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Nouvelles Philip Shaw

Le USDA revoit à la hausse la superficie de soja et les marchés des grains fléchissent

07 avril 2017, Philip Shaw

C’est humide à la ferme. Si vous pratiquez l’agriculture comme moi, toute une panoplie de tâches vous attend en vue de l’ensemencement du printemps. Il est toujours plus facile de procéder lorsque les conditions sont chaudes, sèches et ensoleillées au début avril. Toutefois, ce n’est pas le cas cette année dans le sud-ouest ontarien puisque la pluie et la neige sont venues repousser l’arrivée du printemps. Mais tous les agriculteurs savent que le printemps finit tôt ou tard par se pointer le bout du nez, et qu’il arrive même qu’on passe directement à l’été.

Je parle de la météo récente dans mon coin, mais la météo printanière à venir – celle qui affectera nos cultures – est presque tout aussi importante. Tous les agriculteurs savent ça. L’autre élément dont il faut tenir compte est la manière dont le USDA a mis la table la semaine dernière. Le 31 mars est toujours un moment charnière pour les observateurs du marché et vendredi n’a pas fait exception aux dernières années. 

Donc, le 31 mars, le USDA a revu à la hausse sa prévision de superficie d’ensemencement de soja pour les États-Unis, qui est maintenant de 89,5 millions d’acres. Il s’agit d’une augmentation de 7 % par rapport à l’an passé. Par contre, le USDA a évalué la superficie de maïs à 90 millions d’acres, soit environ 4 millions d’acres de moins que l’année dernière. Cette estimation pour le maïs est intéressante, mais celle du soja est plus révélatrice. Avec des contrats à terme à 10 $, il semble que ça a encouragé les agriculteurs américains à semer. Mais les choses peuvent encore changer d’ici le 30 juin, et même quelques fois ensuite, avant que le USDA publie ses données finales en janvier 2018.

Finalement, le rapport du 31 mars a ajouté au sentiment négatif dans le marché. Il est assez évident que les stocks sont imposants, surtout que le Brésil est en train de récolter probablement plus de 110 millions de tonnes de soja actuellement. Et l’an passé, la production de maïs brésilienne était déjà bien supérieure à celle de l’année précédente. Prévoir une superficie de 89,5 millions d’acres de soja dans ce contexte, c’est ajouter une pression supplémentaire.

Les stocks trimestriels de maïs ont été estimés à 8,62 milliards de boisseaux, ce qui représente une augmentation de 10 % par rapport à l’an passé. C’est le reflet de l’importante récolte de l’année dernière, que l’on peut facilement oublier dans le contexte actuel. L’utilisation de décembre 2016 à février 2017 est passée à 3,77 milliards de boisseaux comparativement aux 3,41 milliards de boisseaux de l’année dernière. Les stocks de soja ont été évalués à 1,73 milliard de boisseaux, soit une hausse de 13 % par rapport à l’année dernière. L’utilisation de décembre à février a baissé de 2 % à 1,16 milliard de boisseaux. L’évaluation des stocks de blé est de 1,66 milliard de boisseaux, une progression de 21 % par rapport à l’an passé.

Il est de plus en plus difficile de se montrer optimiste, de s’attendre à un environnement où l’on peut se permettre de croire à une hausse des prix. Et ça nous ramène à mes préparatifs d’ensemencement avec cette humidité omniprésente. En 2017, on sait qu’il y aura un événement météo, mais personne n’en connaît l’ampleur ni le moment.

Il est probable que nous assisterons à un redressement des prix cet été. Je dis ça parce que c’est normalement le cas, mais il arrive qu’il ne dure pas. Aussi, ce n’est pas souvent qu’une sécheresse extrême à grande échelle frappe la Corn Belt américaine. En 2012, j’effectuais une tournée dans la Corn Belt et j’ai vu beaucoup de maïs touché par la sécheresse. C’est un phénomène rare et on ne s’attend pas à ce que nos voisins en souffrent encore cette année. Toutefois, on espère que la demande pour nos produits agricoles ne sera pas altérée.

La demande pour le maïs est actuellement de 14,62 milliards de boisseaux, c’est tout simplement énorme. La demande pour le soja est actuellement de 4,093 milliards de boisseaux, ce qui est aussi considérable. Ceci étant dit, les stocks trimestriels de maïs étaient tout de même imposants et la demande de soja est en baisse par rapport à l’an passé. Ça prendrait une sécheresse pour affecter la production. Quelque part, mais pas ici.

Les superficies de production au Québec et en Ontario ne devraient pas changer en 2017. Au cours de l’hiver, il y a eu des occasions en matière de fixation des prix pour la prochaine récolte, qui ont donné des signaux de bons profits. Il faut en remercier notre dollar canadien. Notre devise s’est toutefois quelque peu affaiblie récemment, un répit qui tombe à point avec les prix des contrats à terme de soja qui ont chuté précipitamment au cours du dernier mois.

La voie dans laquelle s’engagent les marchés agricoles sera sûrement façonnée en 2017 par les conditions météorologiques et peut-être quelques événements géopolitiques. Nos amis américains continuent de faire de l’intimidation. La Corée du Nord et la Syrie demeurent des points sensibles. Il va de soi que le USDA viendra dire son mot avec son rapport d’ensemencement le 30 juin. Il modifie constamment les règles du jeu. Pour ceux d’entre nous qui exploitent une entreprise agricole, il faut continuellement chercher à diminuer le risque en ce qui a trait à nos paris et notre grain. Malgré la morosité du marché, il y aura vraisemblablement de nombreuses opportunités de commercialisation à venir.

 

 

 

 

 

 

 

 


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