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Nouvelles Philip Shaw

Produire de la nourriture pour un monde affamé sur des terres à 25 000 $/acre

29 décembre 2016, Philip Shaw

La semaine dernière, en Ontario, un agriculteur du comté de Perth a tweeté quelques photos de fermes vendues aux enchères publiques pour environ 25 000 $ l’acre. Évidemment, il s’agit d’un prix très élevé en Ontario et, depuis, on ne parle que de ça dans la twittosphère #ontag. Le prix des terres agricoles du Midwest a reculé cette année, mais il semble que l’Ontario n’a pas suivi.

De nombreuses raisons expliquent la situation, probablement trop nombreuses pour toutes les décrire ici. On m’avait posé la même question l’année dernière à Saint-Hyacinthe, au Québec. J’avais donné une présentation au sujet des céréales et, dans la période de questions qui avait suivi, on avait abordé le sujet du prix des terres. Phil, ici à Saint-Hyacinthe, les terres se vendent pour 20 000 $ de l’acre. Crois-tu que ces prix vont se maintenir? J’ai baragouiné une réponse, mais je suis déjà récalcitrant à me prononcer à propos du prix du maïs alors je ne sais pas si ma réponse faisait du sens. Ce que l’on peut dire, c’est que toutes ces terres produisent de la nourriture pour un monde affamé. Toutefois, la disparité des prix des terres paraît incroyable.

On reviendra peut-être sur ce sujet en 2017. Pour l’instant, on peut se contenter de dire que ces terres produisent de la nourriture et qu’à ces deux endroits l’industrie laitière est une grande partie de l’équation. Ainsi, ces terres fournissent du lait, du fromage, du beurre et toute une panoplie de produits laitiers qui aident à nourrir la race humaine. Idem pour le bétail, les céréales ou tout type de culture légumière. En tant qu’agriculteurs, nous devons tenir compte de plusieurs variables, dont le prix des terres, mais au bout du compte, nous produisons de la nourriture pour un monde affamé. Le plus intéressant est d’essayer de comprendre la demande.

Voilà une des raisons pour lesquelles j’analyse le marché des contrats à terme et le marché au comptant. Cependant, j’aime regarder les dynamiques de la demande alimentaire d’encore plus près. Comme nombre d’entre vous sont au courant, j’ai voyagé dans différentes parties du monde et j’ai vu toutes sortes de cultures dans toutes sortes d’endroits. Je n’ai toujours pas mis les pieds au Brésil ni en Argentine, mais j’espère m’y rendre bientôt. Je serai de retour en Asie sous peu. Une petite insurrection m’a obligé à reporter mon voyage prévu le mois prochain.

C’est là, au Bangladesh, que j’ai l’occasion d’être le témoin privilégié de la dynamique de la demande alimentaire. Il y a plusieurs années, j’ai rédigé un article à propos d’un garçon à Comilla, au Bangladesh. C’était en 1993, dans le cadre de mon premier voyage dans ce pays. Je me déplaçais en train et, lorsque le train s’arrêtait, il était inondé de gens qui quêtaient de quoi manger. Les choses ont changé au cours des 24 années qui se sont écoulées depuis. En fait, on remarque maintenant au Bangladesh une différence tangible dans les niveaux de pauvreté. Les gens ont davantage accès à de la nourriture et on voit une grande différence dans la rue. En 1993, la malnutrition était une menace bien plus importante pour une grande partie de la population. Je n’étais pas prêt à ça.

Je n’étais pas prêt parce que la nourriture est omniprésente dans notre société. Elle est partout et elle est abordable. Elle est partout parce qu’on célèbre avec de la nourriture. Que vous alliez à une fête ou à l’église, la nourriture est partout. Elle est aussi vendue dans une myriade de commerces de détail à bon prix. En tant que pourcentage de leur revenu disponible, les Canadiens continuent de profiter d’un pourcentage à la baisse. En fait, la nourriture est si omniprésente et abordable que l’obésité est devenue un fléau.

À l’autre bout du monde, au Bangladesh, en 1993, c’était loin d’être le cas. Les mendiants étaient partout. Ça a été un choc et je me suis senti préoccupé de constater l’état de dépravation de l’humanité. La vue des enfants affamés s’est gravée dans ma mémoire.

À certains des arrêts du train, nous donnions de la nourriture par les fenêtres, mais souvent cela se transformait en mêlée générale puisque les gens affamés se bousculaient pour attraper quelque chose à se mettre sous la dent. À l’arrêt de Comilla, un petit garçon est tombé en tentant d’attraper de la nourriture, sa tête a heurté les rails d’acier et il s’est mis à pleurer. C’est l’image qui est restée dans ma tête quand le train s’est éloigné. L’horreur de la réalité de cet enfant m’a bouleversé.  

Je suis un agriculteur canadien et je produis de la nourriture pour moi et probablement quelque 150 autres personnes. Notre productivité est devenue si grande ici que la nourriture est omniprésente et les terres agricoles en Ontario et au Québec sont maintenant évaluées à des prix astronomiques. Mais je n’ai jamais oublié que j’ai vu les yeux de la faim à l’autre bout du monde. J’espère que, d’une manière ou d’une autre, je fais une différence.

Je suis retourné à Comilla, au Bangladesh, à de nombreuses reprises depuis ce jour de 1993. La dernière fois, j’y ai déjeuné dans un café au bord de la route. Les choses semblaient aller mieux pour tout le monde ce jour-là. J’espère qu’il en était de même pour ce petit garçon. Je vous souhaite tous un excellent temps des Fêtes!

 

 


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