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Nouvelles Philip Shaw

Les prix en Ontario et au Québec varient au gré du Pot-pourri des grades

15 février 2020, Philip Shaw

La météo est de nouveau très froide ce soir, me proposant des températures qu’on n’avait pas vues depuis le 14 novembre dernier lorsque ma batteuse a été arrêtée par la neige. L’hiver cette année a été doux dans le sud-ouest de l’Ontario, et même ce soir les températures froides sont censées ne pas être là pour longtemps. Avec l’épouvantable année 2019 derrière nous, on ne peut espérer que de meilleurs jours devant nous.

Bien sûr, on espère que ce soit la même chose pour les prix des grains. C’est un espoir qui ne cesse jamais dans le milieu agricole, que les prix grimpent davantage, mais la réalité est souvent bien différente. Avec le prix du maïs de mars présentement autour de 3,79 $US/bo. et celui du soya autour de 8,96 $US/bo., ça nous dit quelque chose. Malgré des périodes difficiles l’an dernier, le monde semble encore inondé de grain. Le USDA a sonné de nouveau la cloche la semaine dernière en réitérant une série de chiffres qui rappelle à l’ordre. Il semble que nous ne manquerons pas de grain de ci tôt. 

Le 11 février, le USDA a augmenté les exportations de soya (américain) de 50 millions de boisseaux, mais réduit celle de maïs du même volume. Les stocks de soya ont été réduits à 425 millions de boisseaux. Les stocks de maïs sont estimés à 1,892 milliards de boisseaux. Le USDA a laissé inchangés ces chiffres de production, les mêmes qu’au rapport de janvier, le maïs à 13,69 milliards de boisseaux et le soya à 3,558 milliards de boisseaux. La récolte de soya du Brésil a été augmentée à 125 millions de tonnes et celle de l’Argentine à 53 millions de tonnes. 

L’histoire que nous raconte le USDA en est certainement une de récoltes importantes, mais nous le savons tous, il y a eu des problèmes dans le champ l’an dernier, et les bases en disent long sur cette histoire. Je définis la base comme la valeur à laquelle le grain bouge. (vendu ou acheté) Au travers des États-Unis et du Canada, la variabilité des bases raconte l’histoire à savoir où en 2019 les récoltes ont été bonnes ou mauvaises. 

C’est certainement apparent dans l’Est canadien. En Ontario et au Québec, la valeur des bases est forte par rapport aux valeurs historiques. 

Ceci est vrai parce que les bases américaines sont plus fortes à l’approche de la frontière, mais aussi en raison de la qualité des récoltes et des rendements dans plusieurs régions de l’Ontario et du Québec. C’est un renversement complet par rapport au prix comptant sur le marché de l’an dernier, alors que de bons volumes de maïs de l’Ontario et du Québec étaient exportés en Europe à des endroits comme l’Irlande. Il n’y a rien de tout ça cette année.

Garder en tête que le secteur agricole de Windsor Ontario jusqu’à la ville de Québec constitue une zone géographique importante, dans laquelle on peut observer de bonnes différences de conditions environnementales pour la croissance des cultures.  C’est une superficie importante pour la météo pour en arriver aux mêmes différences de qualité. En 2019, alors que vous progressiez vers l’est en direction de la ville de Québec, il y avait plus de problèmes. Ensemencements tardifs, une saison de croissance inégale, suivie de mauvaises conditions pour les récoltes ont occasionné toute sorte de ravages dans les régions de production du Québec. Beaucoup du maïs est léger en poids spécifique, et élevé en CCFM (maïs fendillé et matières étrangères), ce qui a occasionné bien des problèmes dans les marchés de l’est de l’Ontario et du Québec. Les escomptes importants sont apparents, ce qui ne passe jamais vraiment bien avec les producteurs de maïs.

De la manière que les marchés comptants se comportent, les marchés de l’est de l’Ontario et du Québec sont intéressants de mon point de vue. De manière générale, la transparence des prix est un enjeu et le prix « flat » est la manière préférée de fermer des prix. Il y a une dynamique pour le marché animalier tout comme pour celui de l’éthanol et pas pour la production au champ dans le profond du sud-ouest de l’Ontario. Les opportunités d’exportation sont excellentes certaines années, et ceci entraîne alors le Québec et l’est de l’Ontario à obtenir les meilleures bases pour le maïs au Canada en ces occasions.

Puis est survenue la saison 2019 et l’automne très difficile au Québec. Les problèmes de qualité ont fait surface, mais la demande et le prix pour du bon maïs sont restés élevés. Cependant, il y a une limite aux prix lorsque l’offre se fait rare pour du bon maïs du Québec. Du maïs moins cher a été importé à partir de l’Illinois et de l’Iowa dans le marché fourrager de la ville de Québec. Une partie a été achetée très tôt, alors que les utilisateurs finaux pouvaient déjà envisager des problèmes à l’horizon. 

Bien sûr, plusieurs producteurs de l’est de l’Ontario envoient leur maïs au Québec et ils ont à rester au courant de la situation du marché aussi. Pendant ce temps dans le sud-ouest de l’Ontario, nos prix étaient trop élevés pour vendre au Québec. C’est pourquoi le maïs de l’Iowa et de l’Illinois passe en train, sur leur chemin vers le Québec. 

C’est une longue histoire, mais parfois expliquer le marché comptant des grains au Canada l’est. Il y a des anomalies dans les bases américaines qui sont similaires aussi. Je veux dire, j’ai entendu plus d’un analyste dire que les bases 2019 de la dernière récolte font le travail de révéler le comportement des prix. Ceci m’a fait réfléchir dans les dernières semaines, est-ce que les marchés boursiers font leur travail? Ma réponse est ceci. Les marchés boursiers ne peuvent pas faire la différence dans les différents grades du maïs, et 2019 pour certaines régions du pays est un pot-pourri de grades et d’escomptes.

Ceci fait du processus de fixation des prix un défi, spécialement au Canada. Et je n’ai même pas mentionné le dollar canadien. Cependant, comme je l’ai dit des milliers de fois, la gestion du risque ne vieillit jamais. Avoir un plan de mise en marché avec des objectifs de vente bien définis à des niveaux de prix profitables aide. La flexibilité dans ce plan aide aussi, il n’y a qu’à regarder pour 2019. Pas besoin de le dire, regardons en avant, fermer des prix pour la récolte de 2020 est maintenant dans la ligne de mire.


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