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Nouvelles Philip Shaw

Un printemps qui met à rude épreuve l'économie du maïs de l'Ontario et du Québec

06 juin 2019, Philip Shaw

Cela semble étrange à dire, mais le 5 juin, j’en suis presque au même point que la semaine dernière où je n'ai pas semé. La pluie incessante des six dernières semaines a provoqué une situation inhabituelle dans le Cornbelt. La semaine dernière, j'ai dit que tout au long de ma carrière j'ai toujours eu une récolte. Cette semaine, j'ai vu plusieurs de mes amis du Sud commencer à perdre espoir de pouvoir le faire. Quelqu'un a dit un jour qu'une année sèche vous effraie et qu'une année humide vous affame. Nous approchons de la neuvième manche d'un match de printemps qui s’est avéré être violent. Il faut que la fenêtre pour semer s'ouvre très vite.

Bien sûr, ce n'est pas la même chose de l'autre côté du Cornbelt américain. Dimanche dernier, la NASS de l'USDA a estimé que 67 % du maïs américain avait été semé, soit 9 % de plus que les 58 % de la semaine précédente. C'est 29 % de moins que la moyenne quinquennale (96 %) de l'année précédente. Il est clair que cette année est une année à marquer d'une pierre blanche et qu'elle pourrait bien finir par donner une récolte de maïs américain très inhabituelle.

Le contrat à terme sur le maïs de décembre 2019 a réagi, en hausse de près de 0,90 $ par rapport à son niveau du 13 mai, soit 3,63 $ le boisseau, pour atteindre le sommet de 4,54 $ le boisseau enregistré la semaine dernière. Au moment où j'écris ces lignes, il est actuellement en baisse de 0,11 $ le boisseau, alors que le marché tente de déterminer quelles sont les prévisions et si cela a un sens pour l'instant. Comme tous les agriculteurs le savent, le soleil chaud et le vent font sécher la terre, mais parfois c'est juste trop humide et cela prend trop longtemps avant que la prochaine pluie ne tombe.

Personne ne sait comment se comporteront les grains. Cela continuera, que la culture soit semée ou non. Si je recevais un dollar chaque fois qu'on me demande quel sera le prix du maïs cette semaine, je pourrais aller dans mon restaurant préféré et inviter tous mes proches à partager une assiette entière de mes côtes levées préférées. Nombreux sont ceux qui m’ont dit que le prix au comptant du maïs passera à 6 ou 7 $CAN cet été. Comme d’habitude j’ai constamment répété que personne ne le sait.

Ce qui m'intrigue du point de vue de l'économie agricole, ce sont les problèmes tangibles qui pourraient résulter d'un manque assez massif de production de maïs dans le Cornbelt, en Ontario et au Québec. Rappelez-vous qu'aux États-Unis, nous nous attendions à ce que 92,8 millions d'acres de maïs soient ensemencés au printemps. Nous savons maintenant que 30 millions d'acres de ces terres risquent de ne pas être ensemencés et que pour ceux qui le seront, dans quelle mesure seront-ils viables ?
Là où cela pourrait devenir très intéressant, c'est en Ontario et au Québec. Au printemps dernier, les statistiques canadiennes indiquaient qu’on s’attendait à ce que les producteurs ontariens ensemencent un nombre record de 2,2 millions d'acres de maïs et les producteurs québécois 992 200 acres. Selon moi, il est évident que ces chiffres sont beaucoup trop élevés. Il est peut-être vrai que l'Est de l'Ontario et le Québec ont mieux réussi que l'Ouest de l'Ontario en ce qui concerne leurs ensemencements de maïs. Toutefois, si l'on considère que la superficie consacrée au maïs en Ontario était de 40 % au 6 juin, cela signifie qu'environ 1,4 million d'acres de maïs en Ontario pourraient ne pas être ensemencées. C'est un problème grave pour toute l'économie du maïs dans l'Est du Canada.

Qu'est-ce que cela signifierait ? Cela signifierait que 231 millions de boisseaux de maïs qui sont habituellement utilisés dans l'ensemble de la province ne seraient pas là. Cela signifierait des pénuries pour l'éthanol ainsi que pour le secteur de l'alimentation animale en Ontario et au Québec. Il y aura également des choix concernant ces 1,4 million d'acres. Combien de ces acres seront consacrées au soya, surtout à mesure que le mois de juin avancera ? Je dirais qu’on s’orientera vers le soya. Que cela nous plaise ou non, nous n'avons pas le luxe qu’ont les États plus au sud parce que nous avons un hiver canadien qui pourrait arriver ici dès le mois d'octobre. Si on va plus loin, si ces 1,4 million d'acres de maïs de l'Ontario sont ensemencés, le rendement sera-t-il grandement compromis ?

La réponse à ces questions n'est pas tout à fait évidente, mais il est de plus en plus pertinent de les poser. Si cela devait se réaliser, il y aurait des problèmes logistiques majeurs qui ne pourraient se produire que par une forte appréciation des niveaux de base. En même temps, la saison de croissance estivale n'a même pas encore commencé, ainsi il y a beaucoup plus de risques de production à venir. Inutile de dire que vous savez tous ce que je veux dire. Il y a ici des problèmes qui vont au-delà de la simple introduction de la culture du maïs en Ontario. Toute l'économie agricole de l'Est du Canada est en train de s'effondrer.

J'étais prêt à planter du soya ce matin, avec un plan B pour obtenir un peu plus de maïs sur un sol plus lourd d'ici la fin de semaine. Si l'une ou l'autre de ces choses ne s’était pas produite, j’aurais été prêt à jeter l'éponge sur mes semis de maïs pour 2019. La pluie est arrivée vers 8 h 20 ce matin. D'autres pluies sont prévues pour ce soir. Je suis presque prêt à abandonner, même si tout mon ADN dit non. Pour ceux d'entre vous qui sont dans le même cas, je compatis à votre douleur. Pour ceux d'entre vous qui ne le sont pas, cela fait partie de la profession d’agriculteur. Ce métier choisi peut parfois être plus que problématique. 



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