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Nouvelles Philip Shaw

Le Soya de Chine/US : Une marchandise reste une marchandise et la moins chère l’emporte toujours

20 décembre 2018, Philip Shaw

Aujourd’hui, pendant que j’assistais à une réunion de production à un élévateur de grains du coin, je me suis souvenu que je devais garder un œil sur les prix après récoltes. Les prix du soya de la nouvelle récolte frôlant les 12 $ le boisseau et ceux du maïs de la nouvelle récolte frôlant les 5 $ le boisseau, ces chiffres sont souvent considérés comme des nombres magiques dans notre communauté agricole locale.  En vieillissant, j’avoue qu'à cette époque de l'année j'ai souvent plus de difficulté à renverser la vapeur. Il reste deux semaines avant le changement de calendrier, je pense qu'il est temps de réétalonner à nouveau. Les années continuent à défiler et le jour tant attendu se rapproche.

Ce sera enfin le cas lorsque la Chine fera son entrée sur le marché américain et achètera du soya américain. L'USDA a annoncé que 41,5 millions de boisseaux de soya ont été vendus aux Chinois au cours de la campagne 2018/19. Le marché a réagi en baissant de 0,13 $ ce jour-là. On pouvait presque entendre les soupirs de contentement de nos amis américains. Ils attendaient depuis des mois pour redresser la situation, depuis le 6 juillet exactement, date à laquelle la Chine a commencé à appliquer des droits de douane sur le soya américain. La vente de soya américain à la Chine aujourd'hui n’a pas suscité l’enthousiasme escompté. Mais les grains brésiliens devant être récoltés en janvier, un enthousiasme morose aura été plutôt à l’ordre du jour.

Pour autant que je sache, les droits de douane chinois de 25% sur le soya américain demeurent en vigueur. Les 41,5 millions de boisseaux sont entourés de mystère, mais les entreprises appartenant à l'État chinois ont toujours été en mesure de demander le remboursement des droits de 25%. Inutile de dire que la vente annoncée par l'USDA reflète les bonnes intentions des États-Unis et de la Chine de mettre fin à cette guerre commerciale ridicule. 

Si l’on considère la situation fondamentale du soya, rien n'a vraiment changé. Il y a encore 955 millions de boisseaux de soja qui s'entassent aux États-Unis. Cela représente beaucoup de grains auxquels s’ajouteront les approvisionnements sud-américains qui arrivent d'ici un mois, voilà la situation. Ce prix record de 17,89 $ pour le soya établi en 2012, semble être aujourd’hui la panacée. 

Dans tout ce flou autour de la guerre commerciale, il est encore difficile de voir exactement ce qui se passe. Par exemple, vous vous souvenez peut-être qu'en juillet dernier, j'ai dit qu'il serait très difficile de réparer les dommages causés au marché américain du soya à l'exportation et que cela pourrait durer des années. Il y a environ un mois, j'ai dit que les Chinois n’étaient pas tenus de payer de majorations pour une marchandise, et on ne peut faire la différence entre le Brésil et les États-Unis. Je me disais qu'il était logique qu'ils reviennent s’approvisionner chez les américains. En termes simples, s’agissant des produits de base, le soya bon marché l'emporte toujours et à l'échelle mondiale, ce sont les Américains qui ont le soya bon marché.

Au cours de cette période d’enthousiasme mitigé, le contrat pour le soya de mars a fluctué dans une fourchette de 0,70 $. Le 26 novembre, nous étions à 8,76 $, et le 12 décembre, à 9,41 $. Le contrat pour le maïs de mars a gagné 0,20 $ au cours de la même période, ce qui ressemble à un tremblement de terre dans ce marché. Tout cela montre que nous nous sommes peut-être tellement concentrés sur la guerre commerciale au cours des derniers mois, que le simple espoir d'une solution suffit à bousculer les prix du maïs et du soya.

En Ontario, la longue marche jusqu'à la fin de la récolte d'automne se poursuit. Nous connaissons tous la situation difficile des toxines dans le sud-ouest de l'Ontario. Il faut également garder à l'esprit qu'il y a de vastes régions de l'Ontario où le maïs est propre, surtout à l'est de Toronto, au nord l'Ontario et dans plusieurs autres régions. Il s'agit donc d'une situation contrastée et nous espérons que le secteur pourra faire les choses comme il faut. Cette semaine, j'ai parlé à un agriculteur qui n’a pas pu récolter les 500 acres de maïs qui lui restaient à cause de la neige. J'ai vu un autre de mes amis récolter du soya à 22 heures. 2018 sera l'une des récoltes les plus difficiles depuis plusieurs années.

Cette semaine et malgré le fait que Twitter montre continuellement des images de sécheresse et de dépérissement du soya en Amérique du Sud, l'USDA a augmenté la production brésilienne de soya à 122 millions de tonnes. Dans le même temps, les prévisions météorologiques font état de pluies qui se déplacent vers ces régions d'Amérique du Sud. Il peut y avoir un marché de météo au Brésil et en Argentine à cette période de l'année. Un peu de sécheresse peut amener un peu d'excitation, même en décembre, alors que les marchés de Noël sont généralement calmes.  

Cependant, le calme n'est pas ce à quoi de nombreux commerçants et agriculteurs américains s'attendaient, surtout avec les tweets du président américain qui prévoit des quantités énormes de produits agricoles à destination de la Chine. Une accalmie de 41,5 millions de boisseaux est un bon début, surtout quand les montagnes de soya des États-Unis culminent à 955 millions de boisseaux. Inutile de dire que nous l’apprécions. Rappelez-vous, une marchandise est une marchandise et la marchandise bon marché l’emporte toujours. Ces 41,5 millions de boisseaux sont un premier signal qui soit tout à fait tangible. 

 

 

 

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