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Nouvelles Philip Shaw

Prioriser la création de valeur ajoutée plutôt que la ruée vers les bas prix dans le commerce agricole

08 mai 2017, Philip Shaw

J’ai commencé à semer du maïs le 26 avril. Comme la pluie est venue inonder le sud-ouest de l’Ontario, l’ensemencement a été suspendu. C’est ce qui arrive lorsqu’on fait réellement de l’agriculture et qu’on ne fait pas qu’en parler. L’évolution des semis est bien plus que quelques mots à l’ordinateur. Avec un peu de chance, je pourrai terminer rapidement l’ensemencement de maïs et passer au soja.

Bien entendu, on espère que le maïs, le blé et le soja continueront de traverser la frontière comme c’était le cas jusqu’à maintenant. Mais au cours de la dernière semaine, le président Donald Trump a énormément critiqué le Canada. Puis, après avoir discuté avec les dirigeants du Mexique et du Canada, il a déclaré qu’il ne voulait pas mettre un terme à l’ALENA, seulement le renégocier. Ça avait toutes les allures d’un bluff, mais on ne le saura jamais vraiment.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau se trouvait en Saskatchewan pour s’entretenir avec des représentants de l’industrie agricole lorsqu’il s’est fait interroger au sujet de la déclaration de Trump. Il a dit avoir expliqué au président américain que de mettre fin à l’ALENA occasionnerait de nombreux dommages économiques immédiats et qu’il serait préférable, s’il avait des préoccupations, d’en discuter. Où se trouve la vérité? M. Trump est tellement imprévisible comparativement à ce que nous avons l’habitude de voir qu’il est difficile de savoir.

Il est évident que le président américain a été grandement critiqué par les représentants de l’industrie agricole dans son propre pays. Nombreux étaient ceux qui prêchaient la prudence et en appelaient au maintien de l’ALENA. Par exemple, nous savons tous que le maïs et le soja sont exportés vers le Mexique et le Canada. Aussi, il y a un commerce considérable de porcs et de bovins, et la liste ne s’arrête pas là. Il faut espérer qu’il sera possible de mettre derrière nous les petits irritants des échanges commerciaux entre les États-Unis et le Canada.

Je trouve qu’il est extrêmement intéressant de constater l’existence de deux visions différentes à propos du commerce agricole à l’intérieur même de l’industrie agricole. Normalement, au Canada, les intérêts pro-commerce se trouvent dans l’ouest. Lorsque vous produisez de grandes quantités de produits agricoles dans un milieu à faible densité de population, ces produits doivent se rendre sur le marché. Ainsi, dans l’Ouest canadien, cela signifie habituellement que des wagons de produits comme le canola et le blé se rendent aux ports de Vancouver pour être expédiés à l’étranger. Il n’y a rien de mal à cela, sauf que l’exportation se fait normalement au plus bas prix commun. Alors si nous exportons du grain, c’est généralement à des prix dérisoires.

Dans l’est du Canada, le tableau est différent, notamment en raison de la proximité des agglomérations. C’est un secteur à offre réglementée que l’on retrouve dans l’est et qui approvisionne le marché intérieur. De plus, environ le tiers du maïs ontarien est destiné à la production d’éthanol et aux autres marchés à valeur ajoutée. Et cette proportion devrait augmenter d’ici 2018. Je pourrais mentionner d’autres produits de base qui sont transformés en produits à valeur ajoutée dans l’est du pays. Et je n’inclus pas toutes les activités horticoles qui visent directement les grands bassins de population. Autrement dit, s’approprier un créneau du marché intérieur dans l’est du Canada est une priorité comparativement à l’exportation aux États-Unis ou ailleurs.

Il est vrai que notre marché le plus important, c’est notre voisin au sud. Il va sans dire que l’exportation d’un produit agricole aux États-Unis se fait inévitablement à bas prix. Le meilleur exemple, dont je me sers toujours, est le maïs d’Ontario, qui est habituellement exporté chez les Américains au moment de la récolte. On se retrouve donc dans une situation où du maïs étranger est importé dans le pays qui est le plus grand exportateur de maïs du monde. C’est comme exporter de la neige au Canada en janvier. Ce n’est peut-être pas le cas pour tous nos produits agricoles, mais ce n’est pas trop loin de la vérité.

Dans l’environnement commercial actuel, avec les fanfaronnades en provenance de la Maison-Blanche, il y a beaucoup d’escalades émotionnelles. Un agriculteur m’a même dit dernièrement que le Canada devrait imposer un tarif sur l’importation de maïs américain! Je lui ai répondu qu’il y a déjà eu un droit compensateur et que ça n’avait duré que quelques mois. En termes simples, personne ne peut se permettre de payer des avocats pour soutenir une telle mesure commerciale. Au bout du compte, c’était un peu absurde. Aujourd’hui, une grande partie du débat émotionnel à propos des échanges commerciaux au sud de la frontière est aussi aberrante.

Le commerce sera toujours ainsi, du moins c’est l’impression que j’ai de l’administration Trump actuelle. Nous devrons nous défendre. Toutefois, de mon point de vue, il est toujours préférable de créer des produits à valeur ajoutée pour répondre aux besoins de notre marché intérieur et pour ensuite les exporter. Au moins, de cette manière, nous en ressortons un peu gagnants. L’autre option consiste à se ruer pour vendre à bas prix, ce qui est bien trop commun à certains moments dans l’industrie agricole canadienne.

 

 

 

 

 

 

 

 


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