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Nouvelles Philip Shaw

Je sais ce qui va se passer avec le prix des grains, mais je ne dirai rien

21 octobre 2020, Philip Shaw

Les choses ne vont pas bien, mais en même temps, tout ne tourne pas autour de la pandémie de Covid19 qui continue de faire éclater sa brutale vérité à travers le pays. J'ai parlé à un de mes mécaniciens l'autre jour et il m'a assuré que l'ambiance dans le champ est plutôt bonne cet automne en Ontario chez les agriculteurs. Il m'a dit qu’aucune vomitoxine et qu'aucune boue cette année avait remonté le moral des agriculteurs et qu'il s'attendait à de bonnes ventes de machines cet hiver. De plus, du soya à 13 $CAN/bo. (478 $CAN/tm)* donne un coup de pouce aussi.

Qu'arrive-t-il à l'économie agricole du Québec et de l'Ontario lorsque vous avez 5 $CAN/bo. (197 $CAN/tm)* pour du maïs et 13 $CAN/bo. (478 $CAN/tm)* pour du soya? Eh bien, ça devient un peu fou. Avec de bons rendements, cela aide aussi. J'ai déjà entendu ça un million de fois. Concernant les prix, personne ne s'attendait à ce que nous arrivions cette année à ce niveau. Vous connaissez mon opinion. Personne ne sait où iront les prix et cela vaut pour aujourd’hui comme pour l’avenir.

C'est ce que je réponds quand on me demande quelle est la tendance des prix du marché. J'enchaîne ensuite rapidement avec, eh bien, je le sais, mais j'aime garder le secret. Bien sûr, je plaisante, mais j'ai souvent pensé que je devrais aussi arrêter ça, parce que certaines personnes pourraient finir par le croire.

Le prix des grains est une économie en soi. En Ontario et au Québec, les prix au comptant des grains sont calculés sur un marché à terme basé à Chicago et sur la « base » correspondante qui va de pair avec celui-ci. Ajoutez les devises étrangères et vous avez plusieurs éléments très variables à évaluer. Nous ne sommes pas arrivés comme par magie à 5 $ pour le maïs et 13 $ pour le soya. Cela s'est produit pour une raison précise, lorsqu'une série de facteurs du marché se sont conjugués. À la mi-octobre, nous y sommes.

Je trouve le processus de détermination des prix fascinant. Comme vous le savez tous, j'en parle continuellement pour Grainwiz, mais aussi pour les Grain Farmers of Ontario, DTN et quelques autres. Le plus dur est d'essayer d'obtenir des informations sur le marché comptant sur ce qui se passe dans les champs, qui pour moi, s'étendent de Windsor en Ontario au Québec et au-delà dans les provinces maritimes. Dans cette large zone géographique, il existe une multitude de facteurs qui influent les prix comptants des grains. Anticiper ces facteurs est un défi permanent.

Les niveaux des « bases » pour les grains qu’on observe en Ontario et au Québec en sont un bon exemple. En fait, on pourrait aussi inclure les provinces maritimes dans cette discussion. En Ontario, le prix comptant du maïs est en partie déterminé par le mois de livraison à terme le plus proche avec un niveau de base associé. Autrement dit, si le prix à terme de décembre à Chicago est de 4,00 $, cela signifie que c'est la valeur d'un boisseau de maïs livré à Chicago. Cependant, comme je ne peux pas le transporter aussi loin, comme tant d'autres, le grain a généralement une valeur de base négative (en termes américains) quand on s'éloigne de Chicago. Si vous regardez n'importe quelle carte des bases des grains en Amérique du Nord, vous constaterez une certaine tendance. Il va sans dire que ce n'est pas comme regarder la trame d’un bon film. J'ai constaté que la plupart des agriculteurs ne sont pas très intéressés par les nuances de la commercialisation. Ils préfèrent parler de machines agricoles ou même de cultures de couverture.

Le transport, l'offre et la demande locale, les devises étrangères et la structure oligopolistique du marché sont d'autres facteurs qui influent sur les valeurs des bases des grains. Vos yeux sont-ils déjà écarquillés ? Beaucoup de gens ne veulent pas en entendre parler. Inutile de dire que je vais vous donner un exemple. Je produis du maïs dans le profond sud-ouest de l'Ontario, là où je n’ai qu’à regarder dehors pour voir peu d'acheteurs de grains et beaucoup de grains de produit. Le prix du maïs est basé sur la valeur à terme de décembre à Chicago et une valeur de base déterminée par les gros utilisateurs finaux ainsi que le prix de remplacement du maïs aux États-Unis.

Au même moment, certains de mes amis québécois près de Drummondville, au Québec, ont un prix beaucoup plus élevé. C'est principalement parce que leur structure de marché est si différente et leurs opportunités tellement plus nombreuses, basées sur une économie agricole différente. Le fait que le Québec soit plus proche des marchés d'exportation en Europe aide aussi.

Multiplier par 100 cet environnement de marché diversifié en vous déplaçant vers l'est du Canada. Comme vous le savez tous, je me suis formé aux nuances des prix des grains comptants dans les provinces maritimes, où j’ai donné en au moins 5 occasions des conférences, la dernière fois en mars 2020. Dit simplement, là-bas le marché comptant des grains est si restreint en dehors de l'Île-du-Prince-Édouard que les prix y sont généralement beaucoup plus élevés que partout ailleurs. Cependant, tout est lié au coût du transport par camion des grains à l'entrée ou à la sortie. Il va sans dire que lorsqu'un utilisateur final de grains est par exemple une pisciculture dans la baie de Fundy, il faut tenir compte de nombreux facteurs de marché inhabituels.

À bien des égards, cela signifie que le prix réel des grains peut être une énigme selon l'endroit où vous exploitez votre ferme dans l'est du Canada. Ce n'est par contre certainement pas là où je cultive. Cependant, ce peut l'être lorsque vous voyagez vers l'est, en Ontario, au Québec et dans les Maritimes.

Le plus difficile, c'est que rien n'est écrit sur la façon dont tout cela fonctionne. Les marchés à terme sont faciles à comprendre. Les marchés comptants peuvent être beaucoup plus difficiles à lire. Il peut y avoir un énorme manque
d'informations sur les marchés comptant, en partie parce que les acteurs eux-mêmes opèrent dans le secret. Il n'y a rien d'illégal à cela, c'est juste la façon dont les oligopoles travaillent. Cela peut conduire à une fixation très vague des prix dans certaines régions agricoles plus à l'est du Canada.

Il y a tellement plus que cela. Je pourrais continuer encore et encore. Inutile de vous demander pourquoi les 5$ du maïs et les 13 $ du soya sont réels? Posez-vous des questions sur le mécanisme de détermination des prix qui nous a amenés ici? Pouvez-vous y trouver un sens? Je peux comprendre la plupart des choses, mais il m’a fallu toute une carrière pour arriver à ce stade avec une formation universitaire en économie agricole.

L'essentiel est d'essayer de comprendre. Je trouve que la plupart des agriculteurs ne sont pas très intéressés parce que c'est compliqué. Cependant, il ne faut jamais cesser d'essayer. Le prix du grain est ce qu'il est. Derrière le maïs à 5 dollars et le soya à 13 dollars, il y a une histoire à raconter sur le chemin qui mène à cette fixation des prix. Ça ne finit jamais, mais généralement ça ne devient que plus compliqué.

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* Attention, la référence de Philip Shaw repose sur des prix observés principalement en Ontario.


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